Biographie

Diplômé de la Juilliard School of Music and Dance de New York en 2013, Jules Matton est repéré par John Corigliano qui souligne le « talent remarquable, à la technique impeccable » de son élève. Jules Matton sera ainsi plusieurs fois salué pour son travail : il est notamment lauréat de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet pour la Vocation (2010), de la Bourse d’Excellence de l’Institut Catholique de Paris (2013), de la Fondation d’entreprise Banque Populaire (2015), du concours Île-de-Créations (Prix du Public 2017) ainsi que du Grand Prix Lycéen des Compositeurs (2019), pour lequel il a sillonné la France à la rencontre de plus de 3000 lycéens. Pianiste de formation, formé auprès de Valery Sigalevitch et licencié de philosophie, Jules Matton s’associe avec des musiciens et ensembles tels que Jérôme Pernoo, Jodie Devos, Bruno Philippe, Thomas Dunford, Anastasia Kobekina, Kotaro Fukuma, l’Orchestre National d’Île-de-France, l’Orchestre de Picardie, etc, dans des salles telles que le Théâtre de l’Athénée, la Salle Cortot, le Corum de Montpellier, Carnegie Hall, l’Auditorium Ravel, etc. À l’automne 2017, repéré pour la force et la liberté de son langage, Jules Matton est nommé compositeur en résidence du Théâtre Impérial de Compiègne. Son premier opéra – L’Odyssée – y est créé en avril 2018, repris à l’Opéra de Lille en décembre 2018, puis à l’opéra de Rennes en avril 2020. Dans la foulée de cette création, Matton signe son premier disque de musique de chambre chez Fondamenta, aux côtés notamment de Jeanne Crousaud, Guillaume Vincent, Yan Levionnois, Pierre Génisson et le Quatuor Debussy. Disque récompensé en février 2019 d’un Choc de Classica. La Chapelle Harmonique, dirigée par Valentin Tournet, vient de créer son Diptyque pour sept voix a capella, sa première pièce sacrée, au Festival d’Auvers-sur-Oise où il était cette année compositeur invité. Actuellement, Matton travaille sur une pièce pour l’Orchestre National de Lyon, ainsi que sur son prochain opéra, qui s’ouvre sur les attentats du 13 novembre 2015 au Théâtre du Bataclan. Jules Matton est édité par les éditions Billaudot.


Note d’intention

Demandez à Jules Matton pourquoi il est allé étudier outre-Atlantique, et il vous répondra qu’il s’agissait d’échapper aux carcans stylistiques de l’enseignement des conservatoires français. Il vous répondra aussi qu’à la Juilliard School of Music and Dance (New York), et malgré les défauts de l’école américaine, il rencontra un enthousiasme pour la création, ainsi qu’une liberté de langage particulièrement dépaysante. Cet enseignement, ainsi que l’intérêt profond de Matton pour les musiques minimalistes et le jazz, intégrant ses premières amours russes et françaises, l’ont aidé à préciser, à confirmer et à approfondir ses ambitions de compositeur. Quant aux étiquettes, il n’en a cure. « Classez-moi où vous voudrez : vous aurez tort », assure-t-il. « Tonal, atonal, tout cela ne signifie rien. Il n’y a qu’une musique, et elle se moque bien de l’étiquette que vous lui accolerez au front »

Si ses influences sont multiples, Matton assume être « une éponge du passé ». Il décrit Alfred Schnittke comme le plus grand compositeur de la fin du 20ème siècle, et se dit le serviteur reconnaissant de Bach, Beethoven, Mahler, Chostakovitch, Scriabine, Szymanovski, Ravel, Lutoslawski et Greif, tout en affirmant son goût prononcé pour King Crimson, Pink Floyd, Miles Davis et Keith Jarrett.

La critique ne manquera pas de pointer du doigt des différences drastiques à la surface de ses œuvres. Mais qui sait écouter décèlera un fil continu dans son langage, fait d’une unique et authentique patte. Clusters, accords agressifs de do majeur, textures épaisses, au marteau, ou transparentes, diaphanes… Sa musique est tourbillonnante, grinçante, virtuose, tendre, complexe et simple à la fois.

Ainsi joignons-nous à Anton Ljuvjine quand celui-ci nous dit dans la Liner Note du premier disque de Matton, paru le 20 avril 2018 : « Nous avons reçu l’œuvre de Jules Matton comme un cataclysme […] ».

Gabrielle Oliveira Guyon